Préhistoires

Autour du Cycle...





Conte, légende ou rumeur...

Conte (origine inconnue)

« Le vaisseau qui navigue au travers des cieux
Découvre des horizons lointains et inconnus
Qui, peut-être, mènent aux demeures mystérieuses des dieux
Où dansent, chantent, content, envoûtent et languissent des déesses nues.»

La végétation était luxuriante. Au milieu des arbres enchevêtrés de lianes dansait au gré du vent une myriade de fleurs de toutes les couleurs. Les fougères y côtoyaient des plantes élancées dont la longue tige donnait naissance à de larges feuilles rondes et vertes. En dessous, une herbe rouge sombre tapissait le sol moelleux de ce havre féerique.

Camouflée derrière un épais bosquet, un abri de bois se blottissait contre un énorme rocher recouvert de mousse ocre. Loin d’être vétuste, c’était en fait une cabane gracieuse, parée de branchages et de lierres verdoyants. A l’intérieur s’y tenait une créature pensive, assise sur un tronc. Celle-ci avait presque l’apparence humaine, mais en plus trapue. Elle se distinguait surtout par un ventre proéminent que venait caresser une longue et épaisse barbe blanche. Les rides de son visage aux yeux encore vifs et où l’on sentait encore poindre une lueur de malice laissaient présager un age bien avancé. L’humanoïde reposa délicatement la dernière tablette de pierre qu’il venait de finir de recouvrir d’écritures. Son œuvre était achevée. Il contempla quelques instants les dizaines de tablettes gravées, empilées les unes sur les autres, et qui s’étalaient et jonchaient le sol de la cabane. Puis doucement il alla s’étendre sur sa couche épaisse de feuilles bruissantes. La mélodie pétillante des oiseaux de la forêt le berça un moment. Puis il poussa un long soupir et ferma les paupières. Maintenant qu’il avait fini, il pouvait reposer en paix. Avec lui s’éteignait la race des Fulpois.

Bien plus tard des hommes s’aventurèrent au sein de terres arides et désolées, des terres qui autrefois avaient certainement du connaître leur heure de gloire et de prospérité. Ils y découvrirent de nombreuses tablettes de pierres enfouies dans le sol au pied d’un vieux rocher érodé, grignoté par les intempéries. Elles étaient recouvertes de symboles inconnus et complexes, gravés par des mains minutieuses et patientes. Par la suite, de nombreux érudits tentèrent en vain de les déchiffrer, d’élucider la clef de ce mystérieux langage. Finalement, à force d’échecs successifs et de recherches infructueuses, les savants se lassèrent. Les tablettes furent abandonnées dans les archives d’un monastère isolé. Elles furent oubliées. Encore plus tard, un petit moine bossu les rencontra par hasard, alors qu’il s’affairait à trier d’antiques manuscrits. Intrigué, il décida de les emporter avec lui afin de les étudier, mais non sans peine étant donné leur nombre et leur poids. Il devait consacrer à cette tâche le reste de sa vie. A force de persévérance il finit par découvrir la signification de certains symboles, et de fil en aiguille, à redonner un sens à ces écrits d’un passé oublié. Les étranges tablettes révélèrent ainsi leur contenu. Elles étaient les uniques vestiges d’une tragédie qui déchira un monde englouti par le passage inexorable du temps. Les premiers mots de la première tablette, tels qu’ils furent traduits par le petit moine bossu, étaient les suivants :

« Oh, Ivalia !
Jamais les ténèbres n’envahissent ton ciel éclatant
Où viennent se relayer inlassablement
Tes deux soleils verts et brillants.
Hélas, Ivalia !
L’obscurité et la mort
N’ont laissé que les remords.
Plus jamais il n’y aura d’aurore… »


Histoires raxoises (d'avant le Cycle)

Récits (origine inconnue)

De la grande civilisation raxoise, autrefois si vaillante et prospère, il ne restait rien, ou presque. Seule une cité subsistait, située au centre d’un immense bassin que des pluies incessantes finirent par transformer en de sordides marais. Cet ultime bastion d’une si brillante et si malheureuse épopée ne devait sa survie que dans la sauvegarde d’un joyau mystique : le Cristal aux Flammes de Jais. Cette gemme taillée par un orfèvre divin détenait l’essence même de la splendeur raxoise. Présent des dieux, elle avait été remise au roi des raxois. L’évènement avait eu lieu deux mille ans avant la terrible éclipse d’Ivalia, bien avant l’irrésistible ascension raxoise et les terribles bouleversements qui marquèrent le déclin de cette civilisation. Le bijou divin symbolisait la prospérité et la vitalité du royaume : tout comme le roi devait protéger son peuple et ses terres, il devait aussi, sinon plus, protéger la relique. Ainsi il portait le titre de protecteur du cristal. Car le présent des dieux avait une contrepartie. Le roi devait le conserver à tout prix. La gemme ne devait en aucune manière tomber aux mains d’une autre créature d’Ivalia. Seul un raxois pouvait la détenir. La profanation de la relique avait une conséquence irrémédiable : la condamnation du peuple raxois. Ainsi les dieux avaient scellé insidieusement le destin des raxois : ils l’avaient lié non seulement au Cristal aux Flammes de Jais, mais aussi à l’origine de son détenteur. Garant du pouvoir, le joyau devait aussi finir par détruire le peuple raxois…

Les raxois connurent d’abord une période d’expansions, marquées par des conquêtes militaires successives. Le petit royaume devint un empire. La civilisation vécut alors son apogée. Elle connut enfin la paix. Le raffinement, la culture et la richesse s’y épanouirent avec merveilles, puis atteignirent leur paroxysme. La décadence succéda à l’accomplissement. Avec le luxe et l’opulence grandirent le vice et l’avidité. L’attrait du pouvoir exacerba les querelles endémiques des élites. Celles-ci étaient représentées principalement par une aristocratie à l’affût des faiblesses du monarque, pour toujours étendre un peu plus des privilèges déjà considérables. Les luttes intestines déchirèrent les règnes des derniers rois. Puis le peuple gronda, et des émeutes engendrèrent des crises sporadiques qui rassemblées devaient prendre nom de révolution. Parfaitement conscient de sa chute prochaine, le roi Guieldric VI dit le Malheureux, était dégoûté par l’attitude odieuse et les mœurs corrompues de ses sujets. Il décida de punir les siens dans un acte symbolique, avant que ne s’effondrent avec lui les dernières splendeurs de la royauté. Il fit disparaître d’Ivalia la relique sacrée : le Cristal aux Flammes de Jais ne devait plus jamais être détenu par les orgueilleux raxois. Cet acte scella leur destin : il les priva d’abord de leur splendeur mais surtout il les condamnait à un avenir incertain. Depuis ce terrible geste, l’histoire de la civilisation raxoise ne fut plus qu’un sursis pitoyable : l’attente d’une mort lente et misérable, qui surviendrait le jour où l’un de leur ennemi aurait réussi à s’emparer la relique.

Le crime de Guieldric n’eut pas l’effet qu’il avait espéré. Il avait voulu donner à son peuple turbulent une sévère leçon. Mais au lieu de revenir à la raison, les raxois furent encore emportés par leurs passions. Le roi fut assassiné par son propre frère qui espérait ainsi lui succéder. Cependant le régicide et ses partisans ne faisaient pas l’unanimité. Une grande partie de la population et des insurgés voulaient en finir une bonne fois pour toutes avec la monarchie pour que naisse la république. La guerre civile éclata. Elle ravagea le royaume durant plusieurs années, quelques cinq cents ans avant la terrible éclipse d’Ivalia.

Ce fut à la faveur de cette sombre période, tandis que les raxois s’occupaient diligemment à s’entretuer, que leurs anciens adversaires commencèrent à relever la tête. Autrefois écrasés par les armes, soumis ou chassés de leurs terres, les vaincus d’hier sentirent l’heure de la revanche approcher. Les créatures des montagnes profitèrent du chaos installé sur le royaume raxois pour initier plusieurs expéditions de pillage. Ils se lancèrent dans des raids au sein des plaines fertiles d’Ivalia sans rencontrer de véritable résistance. Parmi ces créatures, une race de géants roux s’affirma par ses prouesses guerrières. Les gnoviens devinrent rapidement les principaux acteurs de ces incursions dévastatrices, prémices de la conquête et la destruction de l’ancien royaume raxois.

Ces barbares vivaient regroupés en clans dirigés par de terribles chefs de guerre. Or la plupart de ces clans étaient indépendants. Ils étaient mêmes souvent hostiles les uns envers les autres, en guerre, déchirés par de sombres et futiles litiges aux origines oubliées. Ainsi les gnoviens satisfaisaient à leurs instincts belliqueux : ils s’affrontaient surtout entre eux. Leurs premières actions à l’encontre des terres raxoises furent donc des expéditions sans aucune coordination, et sans lendemain. Un chef de clan décidait de mener ses guerriers au pillage et ils revenaient quelques jours plus tard dans les montagnes les bras chargés de butin et d’esclaves… En fait il n’y avait pas d’unité entre les différents clans. Ils agissaient indépendamment les uns des autres pour mener à bien leurs raids sanguinaires. Seuls le désordre et la soif du combat semblaient véritablement les rapprocher. Mais bien vite les gnoviens comprirent qu’ils ne pourraient pas véritablement progresser en poursuivant des incursions par petits groupes isolés. Car ce qu’ils découvrirent au cours de leurs expéditions les fascina. La richesse et l’opulence d’abord, le raffinement et l’architecture ensuite d’une civilisation en déclin qui n’en restait pas moins dangereuse et éblouissante. Les rustres gnoviens, ces sauvages des montagnes, furent conquis par la beauté et la fertilité des plaines au climat plus tempéré. Alors ils commencèrent à ne plus supporter leur existence difficile sur les versants accidentés de monts insolites et glacés. Il leur fallait conquérir ce territoire féerique et s’y installer.

Fort de leurs premiers succès, les gnoviens décidèrent de quitter les montagnes pour s’installer dans les riches régions raxoises. Pour mener une telle invasion, ils se rendirent à l’évidence qu’ils ne pouvaient pas plus longtemps agir séparément. Il leur fallait se réunir sous l’autorité d’un unique meneur, un chef à la poigne si puissante qu’il serait capable d’éteindre les rivalités ancestrales qui tiraillaient la plupart des tribus dispersées dans les montagnes septentrionales d’Ivalia. Aussi les chefs de clans se réunirent en assemblée. Après d’interminables tractations, heurts et beuveries sanglantes, ils réussirent à élire leur premier roi auquel tous les chefs des clans gnoviens prêtèrent allégeance. L’appât du gain et d’une existence meilleure eut raison de leurs sempiternelles rivalités. Les chefs avaient désigné leur roi pour conduire la conquête. Celui-ci et ses successeurs devaient s’y acharner, et finalement, la réaliser…

Désormais unifiés sous l’autorité de leur souverain, les clans abandonnèrent leurs montagnes pour envahir en masse les plaines d’Ivalia. La surprise fut totale. Un vent de panique et les rumeurs les plus inquiétantes parcoururent les campagnes. Très rapidement les barbares atteignirent les murs de la première des trois grandes cités raxoises, sans véritablement avoir rencontré de résistance. Ils en firent le siège. Et malgré les puissantes fortifications, la ville fut emportée dès le premier assaut. Mal préparée, la défense s’effondra, incapable de contenir les flots de gnoviens qui se déversèrent à l’intérieur des murailles. Le carnage fut atroce. Il n’y eut pas de quartier. La population entière fut massacrée. Les gnoviens, ces êtres rustres et sauvages, venaient de faire vaciller la puissance qui dominait depuis des siècles Ivalia. Après la stupéfaction, la terreur s’installa dans les rangs des raxois. A l’opposé, le roi des géants, vainqueur, se voyait légitimé auprès des siens, paré d’un prestige incomparable qui reléguait au second plan les querelles tribales de ses sujets.

Ce fut ensuite que des êtres mystérieux, appelés falins, sortirent de l’ombre pour venir à la rencontre du monarque victorieux. Les falins étaient de puissants enchanteurs. Le roi s’entretint longuement avec eux et finalement les visiteurs voulurent lui prêter hommage. Ils proposèrent de le soutenir dans ses campagnes de conquête. Mais en contrepartie ils voulaient participer à son pouvoir en devenant ses plus proches conseillers. Le roi refusa, suspicieux.

En ces temps difficiles se produisit alors le dernier sursaut des raxois. Tout vint d’un brillant général qui eut le bon sens d’appréhender le danger mortel qui menaçait son peuple bien avant la chute de la première cité. Trabeldan était un ancien et talentueux officier du roi Guieldric VI. Après l’assassinat de ce dernier, il avait choisi le camp des grandes familles républicaines. Adulé pas ses soldats, il fit rallier sans difficulté ses troupes à sa nouvelle faction, et il les dirigea contre celles des partisans de la royauté menées par le frère régicide et sa famille. Il s’illustra en remportant plusieurs brillantes victoires au cours de la guerre civile. Ce qui lui valut son titre de général bien avant la proclamation de la république.

Trabeldan réalisa très rapidement combien l’ancien royaume raxois était vulnérable aux attaques extérieures. Ses craintes se confirmèrent avec les premiers raids gnoviens. Aussi il proposa une trêve à ses adversaires pour pouvoir affronter de conserve la menace gnovienne. Mais ceux-ci refusèrent et persistèrent, jusqu’à la chute de la première des trois grandes cités. Alors les ennemis d’hier, effrayés et résignés, vinrent le retrouver et le supplièrent de prendre la tête de toutes les troupes, celles de toutes les factions raxoises. Maître de l’armée et d’une population provisoirement unifiée, Trabeldan entreprit sa campagne. Il fortifia d’abord les régions encore épargnées par les incursions, et établit plus au nord une solide ligne de défense sur la zone frontalière. Lorsqu’il apprit l’approche des hordes gnoviennes, Trabeldan réunit le gros de ses forces pour stopper la nouvelle progression ennemie. Il se produisit alors une rencontre titanesque, le choc des deux plus grosses armées de l’histoire d’Ivalia. L’affrontement fut gigantesque. Le général y confirma ses talents de redoutable chef de guerre. Après deux journées de batailles acharnées, les hordes gnoviennes, incapables de percer les défenses raxoises, durent se replier, épuisées. La retraite désordonnée se transforma en déroute. Les barbares fuirent pour se réfugier plus au nord, jusque dans la première cité qu’ils avaient conquise…

… Tablettes brisées …

La conquête du royaume puis de ce qui devint la république raxoise dura plusieurs dizaines d’années. Elle fut une succession de pillages, de terribles batailles et de sièges. Mais surtout elle fut marquée par les assauts successifs des trois grandes cités, la chute de la dernière scellant le destin des raxois et initiant l’apogée de la domination gnovienne. Car la guerre fut longue, et la résistance raxoise farouche et acharnée. Il ne fallut pas moins de quatre roi gnoviens, d’une alliance avec les enchanteurs falins puis avec les ailenanes pour que les géants roux puissent venir à bout de la grandeur raxoise.

Les raxois survivants s’enfuirent vers le sud. Les réfugiés se regroupèrent dans une petite ville reculée et isolée à l’extrême frontière méridionale de leur ancien territoire. Mêmes les campagnes furent abandonnées. Tous ceux qui le purent gagnèrent la communauté. La petite ville devint une cité. Ils lui donnèrent le nom de Raxe, dernier souvenir de la splendeur de leur civilisation effondrée. Pendant ce temps, au nord, s’établissait le Royaume Sombre des gnoviens. Les trois grandes cités raxoises furent rebaptisées les trois cités maudites. Les rois gnoviens construisirent les règles régissant leurs nouveaux domaines en s’appuyant sur les pouvoirs magiques des enchanteurs falins.

Puis vint le règne d’Egrond…